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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 16:48

        Le long et houleux débat qui s'est déroulé en France sur la question de l'âge de la retraite a montré à la fois le poids des données démographiques sur les décisions politiques et en même temps l'ignorance crasse de beaucoup de nos concitoyens  - y compris des hommes et femmes politiques - sur ce qu'est la démographie et sur les données qu'elle impose aux décisionnaires politiques;

 

     En clair, le report de l'âge de la retraite a été indissolublement lié à la fois à l'allongement considérable de la durée de la vie et au rapport entre  actifs et retraités.

 

     Le report de 60 à 62 ansde l'âge légal du départ à la retraite est, en fait, le plus faible d' Europe, parce que la France a eu la chance d'avoir eu - dans une rare continuité  historique - une politique cohérente d'aide à la natalité.

 

    Depuis la politique lancée par le Gouvernment Daladier, peu de temps avant la deuxième guerre mondiale, continuée par Paul Reynaud, puis poursuivie et instrumentalisée politiquement  par le gouvernement de Vichy, reprise par de Gaullle à la Libération  puis par tous les gouvernements de la IVe et de la Ve République, notre pays a réussi à maintenir un taux élevé de naissances - malgré le développement de l' I.V.G.- qui n'est pas très loin du taux de naissances nécessaire au simple renouvellement des générations ( 2,1 enfants par femme ).

 

     La situation est très différente dans la plupart des pays, notamment  en Allemagne et en Russie où la chute de la natalité, catastrophique, menace l'avenir de ces pays.

 

     Je garde le souvenir de ce qu'avait dit , peu de temps avant sa mort, le père de la démographie française, Alfred Sauvy que j'ai eu la joie d'avoir eu comme professeur à Sciences Po , "L'Allemagne n'existe plus , mais elle ne le sait pas encore...".

 

     Dans le drame qu'a été pour ma génération le conflit algérien , et dans les luttes passionnées qui opposaient les tenants de l'intégration de l'Algérie française à la  France et ceux qui se résignaient à l'indépendance de l'Algérie, les perspectives démographiques  entraient peu en ligne de compte.

 

     Seul Raymond Aron, parmi les grands intellectuels, les avait évoquées, ce qui le conduisait à accepter l'indépendance.  Et le Général de Gaulle a été conduit à ses choix définitifs par une claire conscience du caractère explosif des perspectives démographiques si l'Algérie s'intégrait à la France.

 

    En 1962, lorsque la France a quitté l'Algérie, il y avait environ neuf millions d'Arabes et de Kabyles musulmans et  un peu plus d'un million d'Européens, en grande majorité catholiques et juifs.

 

  Au début 2010, la population de  l'Algérie a dépassé les  35 millions d'habitants en quasi totalité musulmans.

 

   Même si - au cas où l'Algérie serait restée française - la natalité liée aurait été un peu contenue, l'intégration et ses conséquences politiques notamment dans sa représentation parlementaire - aurait mis en cause l'identité française et serait apparue comme insupportable.

 

   Aujoud'hui, un autre conflit, celui du Proche Orient qui oppose Israéliens et Palestiniens , ne peut s'abstraire  des prévisions d'évolution des populations.

 

   Quelle valeur aurait la reconnaissance d' Israël comme "Etat juif", réclamée par le gouvernement israélien au monde arabe, si les Palestiniens n'ayant pas leur  propre Etat restaient sous contrôle israélien et devenaient dans quelques années majoritaires , par le poids  de leur natalité , sur les territoires qui vont du Jourdain à la mer ?

 

    Et  à Jérusalem, où les Arabes de Jérusalem-Est ont, depuis l'annexion par Israël, le droit de vote qu'ils n'exercent pas parce qu'ils pratiquent la grève du vote pour marquer leur refus d'être intégré à l' Etat d' Israël, que se passerait-il s'ils cessaient cette grève  et participaient au scrutin ?

 

 Un récent article du journal Haaretz évoquait cette question face à l'affrontement dans la capitale israélienne d'un bloc laïque à un bloc religeux orthdoxe, inconciliables, un bloc arabe risquerait d'arriver en tête du scrutin et de donner la Mairie de Jérusalem à un Palestinien.

 

Si la démographie n'est pas tout , si d'autres facteurs peuvent rentrer en jeu, on ne peut  s'affranchir de ses  données et on doit entenir comptes dans les choix à effectuer.

 

 

                                                                              

                                                                                           Claude - Gérard  MARCUS

 


 


 

 


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commentaires

Tonton Colas 28/11/2010 14:54



Voici des choses qu'il fallait dire. Merci donc de les avoir dites.


Petit point cependant, mais qui n'est pas de détail (si on ose s'exprimer ainsi sur ce site..):   en France, selon les chiffres que vous citez, le taux de natalité se
maintiendrait  à 2,1; il serait intéressant de savoir dans quels groupes de population  se répartissent ces naissances. Et, par conséquent, quelles seront leurs conséquences sur la
façon de vivre dans ce pays...


Mais, comme on le sait en revanche, ce type de statistique, fort mal vu ici, n'existe pas. A-t-on le droit de le regretter ?